PHOTOS

7. Situation Synoptique de la Journée (Analyse)

Images Satellites

Les deux animations suivantes en couleur Infra-Rouge (IR) proviennent du site http://www.chmi.cz/ et ont été prises par le satellite Météosat.

L'heure indiquée correspond à l'heure UTC. Il faut donc rajouter 2 heures pour avoir l'heure Française réelle. Le point rouge correpond à ma localisation, à 5km à l'Est d'Angers.

Animation Satellite IR de l'Europe - le 06 juin 2005 en Anjou

Cette animation montre plusieurs choses :

- Tout d'abord, que le flux général était d'Ouest-Nord-Ouest, ce qui est une configuration assez rare pour donner de l'orage.
- Qu'avant 13h (11h UTC), aucune cellule orageuse n'etait encore dévelloppée et qu'avant cette heure, l'humidité sur le Nord de la France (en basse couche) était assez importante.
- Que grosso-modo, deux cellules convectives se sont dévelloppés successivement, comme nous l'avons vu précédemment, et que je me trouvais juste entre les deux.

Regardons ceci de plus près maintenant.

Animation Satellite IR de la France - le 06 juin 2005 en Anjou

Tout d'abord, on constate qu'un premier orage multicellulaire a commencé à se former dans la région de Rennes et a frôlé ma position, comme on l'a vu. Je me trouve même d'ailleurs sous son enclume. Pourtant, le gros de l'orage se trouve plus à l'Ouest.

Celui-ci a duré assez longtemps et laissera environ 19.6mm à St Avé dans le Morbihan (56), 29mm à Clisson et Nantes et même 31.2mm à Thouaré sur Loire dans le département de Loire Atlantique (44). Il laissera tout de même 11mm à la station Météo France, située à l'Ouest d'Angers mais seulement à peine 1mm à Trélazé (Est Angers).

Peu après en direction de l'Est, un autre orage multicellulaire s'abat sur les Pays de Loire, mais comme le montre l'image satellite, il frolera également ma position sans pour autant réussir à y arriver.

Cette cellule laissera 6.2mm sur Tours, 3mm au Mans, mais sans doute plus de 40mm dans un triangle Le Mans-Angers-Orléans et 31.2mm sur Poitiers. Il m'est hélas difficile de récupérer les données de précipitations avec les sources dont je dispose. Mais cela suffit pour se rendre compte, que ce furent tout de même de fortes pluies. Les observations démontrent que pluie et grêle furent mélées avec des intensités parfois de l'ordre de 120mm / heure (Poitiers par ex).

A la lumière des images satellites, on repère très bien, que les cellules orageuses se dévelloppaient particulièrement sur leur partie Ouest, comme si elles se déplacaient à contre-courant du flux général. On comprend mieux pourquoi la cellule Est semblait se rapprocher inexorablement de ma position, alors qu'elle aurait dû s'éloigner. Une regénération arrière le long d'une ligne de convergence en est la cause, comme nous l'avons vu dans les parties précédantes.



Activité Electrique

Regardons maintenant au niveau de l'activité éléctrique. Sur les deux images suivantes, la couleur représente les heures. (Heure UTC, donc n'oubliez pas de rajouter 2 heures)

Coups de foudre en Europe en fonction de l'heure - le 06 juin 2005 en Anjou

Cette deuxième image est plus intéréssante, car elle montre en plus, l'intensité de l'activité éléctrique :

Intensité des coups de foudre en Europe - le 06 juin 2005 en Anjou

On constate, que l'activité éléctrique fut assez forte de 16h jusqu'à 23h sur la vallée de la Loire, particulièrement en ce qui concerne la cellule Est. D'ailleurs, en regardant bien, Angers fut épargné (hélas pour les photos), mais le pic d'intensité se trouve juste à l'Est de ma position aux environs de 19h, avec plus de 100 coups de foudres répertoriés à l'heure.



Prévision - Explication

Tout d'abord, il faut savoir que cet épisode orageux n'a pas été prévu longtemps à l'avance. Le jour même pour être précis. En effet, un temps de bruine assez maussade était prévu pour ce 06 juin et rien n'indiquait un épisode si virulent dans le Centre Ouest. Heureusement quelques prévisionnistes amateurs avaient vus juste. (Encore une fois merci à Crack).

Pour comprendre, regardons d'abord cette animation des champs de pressions de 12h le 06 juin jusqu'à 3h le 07 juin.

Animations des pressions en Europe - le 06 juin 2005 en Anjou

Sans rentrer trop dans les détails, on constate d'abord que la situation générale était plutôt anticyclonique avec une pression au sol proche de 1022 hpa sur Angers pendant le moment orageux. C'est plutôt un signe allant contre la présence d'orage.

Cependant, il est intéressant de noter que nous étions en présence d'un champ de pression assez mou, c'est à dire avec un gradient de pression assez faible. On appelle cela un "marais barométrique". Cela ne suffit pas à expliquer l'orage, mais permet de comprendre pourquoi, même si les valeurs de pressions étaient élevées, cela n'a pas joué en défaveur de l'orage.

Regardons la carte des vents et des températures au sol.

Vents et températures au sol- le 06 juin 2005 en Anjou

Des températures assez moyennes de l'ordre de 20°C. Rien d'extraordinaire donc. La disposition des vents est par contre plus intéréssante. Regardez bien. On passe d'un vent de Nord-Est à Nord Ouest puis presque Ouest au niveau de la Loire.

Cela impose une petite rotation cyclonique des vents sur l'ensemble de la zone concerné. On peut apparenter cela à un cisaillement horizontal des vents. Il y a donc une certaine convergence des vents au sol qui favorise les ascendances. C'est au creux de cette fameuse ligne de convergence multicellulaire orageuse, que se fabriquait par protubérances multiples de nouvelles cellules les unes à la suite des autres.

Regardons maintenant les températures à moyenne altitude. (Isohypse de 850hpa)

Températures à 850hpa - le 06 juin 2005 en Anjou

Que vois-t'on. Qu'un petit talweg d'air moyennement froid se prolonge de l'Ecosse jusqu'au Sud-Ouest de l'Irlande et va bientôt concerné la France. Un autre talweg un peu moins accentué se trouve déjà sur la France. Ne nous attardons pas sur celui-là.

Un talweg d'air froid est très intéréssant pour la formation d'orage car induit un dynamisme d'altitude. Regardons la même chose plus loin en altitude (Isohypse de 500hpa). Sont notés également les pressions au sol.

Géopotentiels à 500hpa - le 06 juin 2005 en Anjou

C'est à peine visible, mais de l'Est de l'Ecosse jusqu'au Sud Ouest de l'Irlande un léger enfoncement d'air froid d'altitude se fait ressentir (talweg), alors qu'au sol, les pressions sont juste entre deux anticyclones. Ce n'est pas un talweg bien marqué et il faut un peu d'imagination je vous l'accorde, mais cela suffit pour créer une instabilité, surtout qu'à cet endroit, les pressions de surfaces au sol sont très molles. Le "T" situé sur l'Irlande renseigne d'ailleurs sur la présence d'une petite dépression

Il y a concordance entre phénomène de surface et d'altitude au niveau de l'Irlande. Il faut les deux ingrédients. Et ceci va bientôt concerner la France. En effet, les cartes sont celles de minuit le 06 juin. L'autre petit talweg repéré en moyenne altitude (isohypse 850hpa) ne se retrouve cette fois pas en haute-altitude. Il n'y avait d'ailleurs pas d'instabilité à cet endroit là ce jour là.

Regardons maintenant les températures en altitude à 15h, le 06 juin. (Isohypse 500hpa).

Températures à 500hpa - le 06 juin 2005 en Anjou

Aucun doute cette fois et c'est très flagrant. Le talweg se trouve maintenant du Nord de la France jusqu'à la pointe Bretagne et pourrais presque s'isoler en goutte froide. Ce talweg est matérialisé par les lignes noires formant une sorte de creux. La goutte froide est matérialisé par les températures -18 à -20°C (Vert clair) sur tout le Centre-Ouest de la France.

Si vous avez encore un doute sur la présence de ce talweg, regardez la première animation des champs de pressions. Repérez les lignes pointillées rouges. Ce sont des lignes matérialisant les pressions en altitudes. (Que les spécialistes me pardonnent les imprecisions car ce n'est pas tout à fait vrai). Ces lignes ne sont pas mises à jour régulièrement dans l'animation, mais on repère trois positions. D'abord rectiligne, puis formant une courbe. La courbe représente le talweg d'altitude.

Enfin le coup de grâce. Regardons la vitesse des vents en altitude.

Vitesse des Vents à 350hpa - le 06 juin 2005 en Anjou

Là, c'est moins difficile à repérer. Une forte accélération des vents est positionnée sur le Sud Loire. Cela matérialise un fort jet-stream placé en bordure sud de la zone concernée par les orages. Ce qui place la région dans des conditions orageuses idéales. Ce dynamisme d'altitude explique surtout pourquoi l'instabilité jusqu'à la tropopause était possible dans la région ce jour là. Une situation synoptique ne peut expliquer précisément la nature et le caractère de l'orage. Il manque notamment les valeurs d'un hodographe (mesure du cisaillement du vent) ou celles de l'EPCD (CAPE).



Conclusion Générale

On le voit, la prévision d'orages n'était pas évidente, car la convection était cette fois-ci fortement dépendante de la dynamique générale de l'atmosphère.

De plus, la superposition d'un air très humide en basse couche, surmontée d'un air sec en moyenne altitude a permi aux orages de bien se dévellopper. Au dessus, nous avions à nouveau un air humide avec un sommet de tropopause assez bas (de l'ordre de 9000 m), permettant aux orages de vite monter au-delà de cette limite (toit pénétrant).

Le talweg en question était donc surmonté d'une anomalie de tropopause possédant un noyau de forte vorticité potentielle, arrivant dans un flux d'Ouest-Nord-Ouest, ce qui a fortement favoriser les mouvements ascendants.

Une ascendance remarquable capable d'engendrer un véritable orage à protubérance multicellulaire parfaitement bien organisé en plusieurs cellules hiérachisées et en escalier. L'ensemble forme une grappe puis une ligne le long de la rive nord de la Loire (Est --> Ouest), le long d'une ligne de convergence en creux de talweg.

Mais le flux d'altitude plus rapide en raison d'une anomalie dynamique provoque le déplacement de la ligne orageuse de façon perpendiculaire à sa ligne de formation. Les cellules sont ainsi poussées sur le coté de la grappe, et plus rapidement encore, dès lors qu'une enclume se forme. Ici les cellules les plus mûrs surtout (à l'arrière de la ligne de convergence) sont poussées en direction du flux général d'altitude (Nord --> Sud). On appelle cela généralement une ligne de grain, mais ici la ligne de grain n'est pas parfaite et se déplace un peu en biais, en raison des vents contraires au niveau du talweg.

C'est à l'extrémité de cette ligne, alors que la nuit tombait presque seulement et que la convection de fin d'après-midi était donc encore assez chaude, que j'ai aperçu cette curieuse formation. Je n'irais pas plus loin là-dessus, tout pouvant être dit, l'ayant été. Mais je pense que ce basculement des vents provoqua finalement sur ce fameux congestus en toupie, un cisaillement de la ligne orageuse entre sa partie jeune (chaude-ascendante) et plus ancienne (froide-desendante). Cet orage multicellulaire dont l'une des cellules était presque-supercellulaire, avait ainsi "presque" tout le potentiel pour engendrer un mésocyclone éphémère.

Je rapellerais également des cas analogues de génération supercellulaire à partir de multicellulaire, parfois observées sur de simples lignes de grains comme ce 06 juin 2005 (quoiqu'ici je préfère parler de mésocyclone plutôt ainsi que de ligne de convergence, plus fidèle à la réalité), mais des cas analogues existent aussi et plus connus surtout, avec les formations supercellulaires observés sur des lignes de grains en "arc", en "vague" (lewp) ou avec les très rares "derecho".

Enfin pour conclure, je rajoute que le but de ce dossier n'est pas de prouver que ce 06 juin 2005, il y a bien eu mésocyclone ou supercellule, car j'avoue bien humblement que je ne le saurais jamais vraiment tout à fait et compte tenu de mes moyens. Ce dossier a pour but seulement d'étudier cette possibilité et cette question (mais à partir de criteres objectifs), ainsi que d'analyser ce type d'orage, ce 06 juin 2005. Fin de l'histoire...